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21 octobre 2015 3 21 /10 /octobre /2015 13:59
L’externalisation des Unités d’Enseignement : attention, pas si simple

Depuis près d’un an, les dispositifs d’externalisation des unités d’enseignement en établissements spécialisés pour enfants reconnus handicapés font l’actualité.

La commission nationale du handicap en lien avec la direction générale de l’action sociale et de la direction générale de l’action scolaire a décidé d’établir un plan en faveur des externalisations d’unité d’enseignement (UE). 100 UE devant être externalisées dès la rentrée scolaire 2015, d’autres devant suivre. Cette volonté gouvernementale est une manière d’appliquer le Décret no 2009-378 du 2 avril 2009 « relatif à la scolarisation des enfants, des adolescents et des

jeunes adultes handicapés et à la coopération entre les établissements mentionnés à

l’article L.351-1 du code de l’éducation et les établissements et services médico-sociaux

mentionnés aux 2o et 3o de l’article L.312-1 du code de l’action sociale et des familles ». Au delà de l’effet d’annonce, il est d’actualité de revenir sur les intérêts et problèmes liés à ce dispositif d’externalisation des unités d’enseignements.

Mais de quoi s’agit-il ?

Il s’agit tout bonnement de placer des unités d’enseignement spécialisés (soit les classes des établissements spécialisés pour enfants handicapés) dans des établissements scolaires ordinaires. L’objectif principal étant de faciliter les retours des jeunes placés en structures spécialisés dans le milieu ordinaire. Cet objectif rejoint l’objectif global de tout établissement spécialisé. Par son action pluridisciplinaire (pédagogique éducative et thérapeutique), apporter des compensations suffisantes pour que le jeune progresse et réintègre, à terme, le milieu non spécialisé.

En résumé, un jeune est orienté en établissement spécialisé parce qu’il ne peut rester dans un établissement scolaire classique, ses difficultés sont trop importantes à l’instant T pour qu’il poursuive une scolarité ordinaire. Par le biais d’une externalisation, il se voit offrir une poursuite de sa scolarité dans un établissement d’enseignement avec des aides et compensations importantes.

Administrativement, quand il est externalisé, il ne sort pas des listes de l’établissement spécialisé et bénéficie des moyens importants de cet accueil en terme de soin et d’accompagnement éducatif. Il bénéficie également d’un accueil complet ou partiel dans une école, un collège ou un lycée.

Donc, c’est de l’insertion ?

Ce n’est pas de l’insertion, le jeune n’est pas inscrit sur les listes de l’établissement scolaire, il reste accompagné par l’établissement spécialisé dans un accompagnement global, pédagogique, thérapeutique et éducatif. Si le jeune doit bénéficier de temps dans d’autres classes au sein de l’établissement scolaire, il faut repasser une demande de temps partagé en CDAPH, bénéficier d’une notification qui permette un temps partagé entre l’établissement scolaire et l’établissement spécialisé.

Concrètement, le jeune est accueilli, par exemple, dans un collège mais le collège est sensé faire comme si le jeune n’était pas du collège. Une personne extérieure. Pas simple à gérer dans le fonctionnement quotidien.

A quoi ça sert ?

Comme déjà dit, le but du ministère est de faciliter le retour vers le milieu ordinaire. Cet objectif forcement louable ne couvre pas l’ensemble des bénéfices qu’apporte une externalisation. L’externalisation permet bien d’autres progrès.

Le jeune s’identifie à sa tranche d’age, il devient collégien au collège, lycéen au lycée, etc, ce qui est très difficile à obtenir quand il est maintenu physiquement dans la structure spécialisée. Il bénéficie des projets de l’établissement scolaire, des partenariat que l’UE externalisée peut développer avec cet établissement scolaire. Il suit le rythme ordinaire, participe aux temps de vie scolaire, développe ainsi ses compétences sociales et ses compétences scolaires. L’effet est généralement très positif sur le jeune.

Les parents du jeune retrouvent une forme d’apaisement dans cette externalisation. Leur enfant va aller à l’école, au collège, peut être au lycée comme ses frères et sœurs. Le jeune retrouve une place d’apprenant, placé dans un cursus de formation alors que l’admission en établissement spécialisé vient souvent signifier le handicap et par là même efface des projets d’avenir multiples. En ce sens, l’externalisation, si elle est réussie, est réparatrice d’une image narcissique mis à mal par l’entrée en structure pour personne handicapée.

L’enseignant de l’UE externalisé retrouve lui aussi un environnement scolaire conforme à sa formation et à son statut. Sans être une panacée, l’externalisation de l’enseignant facilite son exercice pédagogique par un renforcement de la mission pédagogique, parfois floue à l’intérieur de l’établissement spécialisé. En école, il fait classe, comme ses collègues ordinaires.

L’établissement scolaire bénéficie de la présence des élèves handicapés. Cela relativise certaines difficultés d’élèves, cela permet d’être familiarisé à la différence, cela aide au développement du sentiment de tolérance.

Mais alors pourquoi ne pas généraliser ?

C’est justement ce que nous faisons depuis 34 ans. L’EMP de Voisinlieu a commencé à externaliser des UE en 1981. D’abord un groupe, puis deux, puis trois, quatre et maintenant cinq classes sont externalisées. Seule une enseignante reste à assurer la scolarisation des jeunes accueillis dans notre bâtiment principal. 60% des jeunes accueillis à l’EMP de Voisinlieu sont scolarisés en UE externalisés dans deux écoles primaires et deux collèges de Beauvais. C’est beaucoup. Pour comprendre notre particularité, il faut savoir que l’Oise possède en tout 20 UE externalisés pour 24 établissements spécialisés et que la Picardie n’en possède en tout que 32. L’EMP de Voisinlieu est l’établissement spécialisé de Picardie qui externalise le plus. Il est au plus près d’un IME « hors les murs » alors que notre population accueilli est composé à 70% de déficience moyenne, 12% de déficience profonde et seulement 8% de déficience légère. Rajoutons que 20% de ces jeunes présentent des TSA, d’autres des troubles ajoutés très variés et vous comprendrez que l’externalisation à l’EMP de Voisinlieu n’est pas en faveur de jeunes qui ne devraient pas être en établissement spécialisé.

Pourquoi cette particularité à l’EMP de Voisinlieu?

Tout d’abord parce que notre association gestionnaire, les PEP 60 (pupilles de l’école publique de l’Oise, association crée en 1916) a toujours été proche de l’éducation nationale. Les directeurs de l’établissement sont des fonctionnaires de l’éducation nationale, ce qui a facilité ces externalisations.

Il est plus facile d’externaliser quand l’on croit à la qualité et à l’accueil des établissements scolaires que quand l’on considère que l’école ne veut plus des enfants handicapés orientés en établissements spécialisés. Historiquement, les établissements spécialisés se sont construit sur cette notion d’asile hérité des hôpitaux psychiatriques. Il fallait d’abord « mettre à l’abri » des jeunes « maltraités » par le système ordinaire. Cette représentation a toujours cours aujourd’hui et est malheureusement parfois nourrie de faits réels. Pas facile avec cette vision d’aller vers un partenariat avec des établissements scolaires. Le fait d’avoir à la direction de l’établissement un membre de l’éducation nationale permet d’éviter des clivages entre milieu ordinaire et milieu spécialisé.

Et aucuns problèmes ?

C’est là où la volonté gouvernementale d’aller vers l’externalisation demande à être accompagné de réflexions, d’anticipations et également de moyens.

Tout d’abord, il faut comprendre qu’externaliser a un coût budgétaire, celui de la complexité.

Il faut prévoir des transports pour aller de l’établissement au lieu scolaire et retour. Il faut prévoir des lieux d’accueil durant les congés scolaires. Il faut trouver des personnels en nombre qui accompagnent. L’externalisation provoque un émiettement des moyens et une multiplication des dispositifs ce qui est coûteux en masse salariale.

Concrètement, l’EMP de Voisinlieu est présent sur 5 sites différents, ce qui est plus complexe à gérer qu’un site unique. Deux chauffeurs sont mobilisés toute la semaine pour assurer les allers et retours des groupes et les déplacements rendant possible les prises en charges thérapeutiques. Toute nouvelle externalisation devrait être accompagnée d’un budget spécifique venant couvrir ces coûts supplémentaires. Les communications et le management doivent également êtres repensés afin de gérer les éloignements des groupes extériorisés.

Ensuite externaliser, c’est aller vers de la précarité. Il nous est déjà arrivé de devoir fermer une UE externalisée parce qu’une mairie décidait de récupérer son local pour ouvrir une nouvelle classe dans l’école. L’établissement spécialisé reste tributaire des décisions de ses partenaires qui peuvent revenir sur le principe d’une présence étrangère au sein de leurs murs.

Plus gênant, l’élève externalisé reste une sorte « d’immigré » au sein de la structure scolaire ordinaire. Il a les mêmes droits que tout élève mais ne vote pas (les parents ne votent pas aux élections des représentants), il est présent mais n’est pas inscrit, etc.

Donc finalement, ça vaut la peine ?

Oui, ça vaut la peine. Ce dispositif demande une forte volonté politique d’emmener l’établissement spécialisé vers une ouverture à son environnement mais il amène une vrai plu -value.

Il provoque une modification du fonctionnement de l’établissement spécialisé mais également de l’établissement scolaire, il permet des évolutions positives des jeunes, il donne du sens à la notion de parcours de scolarisation en diversifiant les modalités de réponses apportées aux problèmes des jeunes.

Cependant, les développements de ces dispositifs doivent êtres accompagnés par des équipes d’expert compétents, il doit être soutenu financièrement, il doit être considéré comme un projet de développement au sein de l’association gestionnaire et non comme une contrainte gouvernementale.

Il faut sortir du yakafokon pour aller vers une méthodologie réaliste de l’externalisation.

Pas si simple.

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